Parcours d’un marin d’eau douce
Parcours d’un marin d’eau douce

Parcours d’un marin d’eau douce

Temps de lecture : 7 minutes

Acquérir un voilier. Lui donner un nom.Le découvrir. Naviguer. L’apprivoiser. L’entretenir. L’aménager. Partager des moments en famille ou avec des amis. Découvrir de nouveaux endroits, de nouvelles personnes. Essayer et réessayer. Vivre avec les éléments, les affronter parfois. Dormir à bord. Faire des erreurs, apprendre. Initier, partager la passion. Naviguer seul et à plusieurs. Vivre dans le froid et la brume, dans le vent et les embruns. Rôtir sous un soleil de plomb. Réparer. Attendre le vent. Ecouter, observer. Tenter de décrypter le ciel, la mer. Apprendre encore. Pester quand le sort s’acharne. Se faire peur. Accepter. Lâcher prise…

Dans mon rêve, avoir un voilier c’est tout cela et beaucoup plus. Mais avant d’en arriver là, il aura fallu suivre un bout de chemin.

Acte 1 : à l’épreuve du loup de mer

J’ai commencé la voile à l’âge en 1988 avec les scouts. J’avais 12 ans alors et je n’avais jamais mis les pieds sur un voilier. Le hasard avait voulu qu’une troupe de scouts soit installée à deux pas de chez nous à Strasbourg, et par un hasard plus grand encore, il s’agissait de scouts marins, le rêve d’un breton installé en Alsace.

Nous naviguions au printemps et en automne sur le plan d’eau de Plobsheim. En avril, nous avions une semaine de navigation dans la rade de Toulon et l’été nous explorions les côtes bretonnes. Nous utilisions des voiliers peu communs nommés Super Raid et surtout son grand frère le Loup de mer. Le loup de mer est une goélette de 7m environ. Lourd, difficile à manœuvrer, il nécessite 4 équipiers au moins, 6 de préférence.

Sur cette unité, virer de bord est une épreuve qui exige une parfaite coordination et surtout de la vitesse, pas simple à obtenir avec ce bateau.

Par ailleurs, il remonte mal au vent, est dépourvu de cabine pour abriter hommes, affaires et vivres des affres du milieu marin. Et bien sûr, il n’a pas de moteur. A la place, il faut ramer et ramer encore ; pour sortir du port, pour rejoindre l’étape du jour quand il n’y a pas de vent, pour aider aux manœuvres quand il y a du courant. On est loin de la plaisance, c’est un bateau peu confortable et exigeant.

Et pourtant…

Ces nombreux inconvénients ne sauraient masquer les qualités de ce voilier, surtout sur le plan pédagogique. C’est un bateau école qui permet à un équipage de 6 à 7 garçons d’apprendre à naviguer de manière coordonnée et progressive. On commence comme vigie, puis on passe équipier de trinquette, puis de foc ; on devient ensuite équipier de misaine, puis de grand voile pour finir barreur, consécration suprême. Le loup de mer est simple de conception, facile à entretenir, peu coûteux et robuste.

Et sa plus grande qualité, c’est sans doute que lorsqu’on passe sur un autre voilier tout parait tellement plus simple 🙂

Acte 2 : la croisière s’amuse

Nous avons eu pour le camp d’été de 1992 trois magnifiques habitables sur lesquels nous avons navigué entre Bénodet et La Baule en équipage réduit à 3 équipiers. Il s’agissait d’un Gib’sea – je ne me souviens plus quel modèle, il faisait dans les 8m – un Jeanneau Aquila et un Jeanneau Sun Way 29. Pour nous qui étions habitués aux spartiates loup de mer, quelle révélation !

Le sun Way et l’Aquila au mouillage dans la brume.

Je découvrais le confort, la facilité de manœuvre, les performances mais aussi les quarts de nuit, le calcul de route, l’instrumentation de bord. Je me souviens que le Gib’sea était équipé d’un récepteur DECCA, un système de positionnement basé sur un ensemble de balises radio côtières. A cette époque où le système GPS n’était pas encore opérationnel (il faudra attendre 1995), ça me semblait révolutionnaire. Ce séjour a été très marquant pour moi. Près de 30 ans après, je me rappelle encore comme si c’était hier l’excitation de rencontrer des dauphins, la nuit au port de l’ile de Groix où l’arrivée à Pornichet sous spi par force 5 – nous avions à bord un chef qui était un marin exceptionnel. Ces quelques jours de voile sont pour beaucoup dans l’aboutissement de mon projet et l’achat d’un voilier. C’est pour partager des moments comme ceux là que j’ai acquis Kribi.

Acte 3 : les années colo

A 19 ans, j’ai passé le Brevet d’aptitude à la fonction d’animateur (BAFA) avec la qualification voile. Pour cela, j’ai effectué un stage intensif de voile à Fort-Mahon dans la baie de somme sur NewCat F2 de mémoire.

Stage de voile à Fort-Mahon (Somme)

J’avais déjà le permis mer côtier et le certificat restreint de radiotéléphoniste, je pouvais dès lors encadrer des colonies de vacances en tant que moniteur de voile ce que je fis 3 étés d’affilée. Ce fut des expériences très riches sur le plan humain. Côté navigation aussi, même si je n’étais pas si souvent que cela sur un voilier ! Quand on est moniteur, on est le plus souvent dans la « sécu », le bateau de sécurité. Un semi rigide à moteur à partir duquel on guide les adolescents apprentis. Les bateaux à voile étaient variés : 420 , 470, Caravelle, Newcat, Hobie Cat et même une fois des Mentor avec lesquels nous avons pu visiter le rassemblement Brest 96 de l’intérieur. Ces années colo ont été l’occasion de découvrir encore davantage la côte bretonne et de me familiariser avec de multiples supports et des aspects que je ne connaissais pas jusque là comme l’entretien des moteurs.

A côté de colonies de vacances, il m’est arrivé de faire de la voile avec le club sportif universitaire sur dériveur ou de louer des voiliers sur le lac de Gérardmer. Je garde un souvenir d’une virée mémorable avec mon frère sur Wizz au cours de laquelle j’ai dessalé puis chapeauté (le mat s’est planté dans la vase) ce qui m’a valu de passer près de 2h sur la coque à attendre les secours. Au final, j’ai attrapé un sérieux coup de froid qui m’a cloué 3 jours au lit !

Acte 4 : pétole

Après plus de 10 années au contact de la voile qui m’avaient vu passer de mousse inexpérimenté à moniteur, j’ai eu d’autres priorités, études d’abord entrée dans la vie active ensuite. Dès lors je n’ai plus navigué que très ponctuellement. J’ai fait un stage UCPA en Corse sur Hobie Cat en 2006.

Ce stage m’a fait réaliser que j’avais perdu beaucoup de mes réflexes et de mes connaissances. Il faut croire que dans mon cas du moins, la voile ce n’est pas comme le vélo ! L’absence de pratique se faisait ressentir et je dois dire que j’étais assez déçu de mon niveau. Au lieu de provoquer un nouvel élan, cette expérience – géniale sur le plan de l’ambiance et de la fête – m’a plutôt refroidi sur le plan de la voile. Elle aura toutefois eu un mérite salutaire, celui de me faire réaliser mes limites et de m’apprendre à faire preuve davantage d’humilité sur l’eau.

Sortie familiale sur un Bavaria 39 … avec skipper ! Je suis bien incapable de mener un 12m ! (2018)

Acte 5 : retour aux sources

Après avoir vécu dans différentes villes de France, je suis revenu à Strasbourg et petit à petit l’idée de reprendre la voile a fait son chemin si bien qu’en 2015 j’étais de retour à Plobsheim sur le plan d’eau où j’avais tiré mes premiers bords 27 ans plus tôt. Au début, je faisais surtout du Hobie Cat mais quand on est seul à naviguer, ce n’est pas le plus simple à mettre à l’eau. Je suis passé au Laser, sûrement le plus dériveur le plus sensible que j’ai pu expérimenter mais aussi celui qui procure les sensations les plus grisantes. Et quand j’en ai eu assez d’être toujours trempé, je me suis dit qu’il était temps de tenter l’habitable ! J’étais un peu intimidé car mon expérience sur croiseur se limitait à un camp scout et à une ou deux virées par ci par là. Mon club disposait d’un Micro Challenger, un voilier de 5m50 sur lequel j’ai pris mes marques et gagné en confiance.

Vue du Micro challenger

Puis nous avons eu un Jouët 550 très vivant que j’ai tout de suite adopté. J’ai vraiment redécouvert le plaisir de naviguer, pas seulement de ressentir des sensations mais aussi celles de vivre sur un bateau, de s’offrir un petite bière et un casse-croûte dans le cockpit après une navigation agitée, bref d’avoir un petit chez soi sur l’eau.

Et quand une vie de famille chargée puis les confinements m’ont amené à suspendre la voile deux ans durant, j’ai mûri l’idée d’avoir mon propre voilier.

Et ça a été chose faite en novembre 2021 avec l’acquisition de mon EDEL 660, le début de l’aventure Voilier Kribi.

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